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# Suspens...

Admirative du genre roman policier et d’écrivains tels que Franck Thilliez, Nicolas Beuglet, l’Islandais Arnaldur Indridason ou le Suédois Henning Mankel et, pour la gente féminine, Fred Vargas et Paula Hawkins, je rêve d’écrire un livre dans ce style. A l’occasion d’un atelier d’écriture, dont le thème était "meurtre et suspens", je me suis inscrite et… follement amusée.

 

Avant de découvrir mon mini récit, je vous invite à tenter l’expérience.

 

Donnez-vous 20 minutes pour rédiger l’introduction d’un futur best-seller. Accrocheur, cela va de soi, générateur de peur, qui poussera votre lecteur à découvrir la suite.

 

À vos papier et plume !

En mode suspens I #1

« À mon réveil, j’ai perdu la mémoire.

 

Je perçois une odeur de cave, humide, dont les gouttelettes retentissent sur le sol. Dans le noir le plus total, je ne distingue pas mon environnement. Puant et gluant. Je prononce un mot et l’entends résonner contre les parois, comme un ricochet, ceux que je m’exerçais à faire, seule, au bord de la rivière. Juste avant. Mes poignets sont attachés, mes chevilles entrelacées d’une corde serrée. Le froid s’immisce en moi, j’en ai la chair de poule. Nue, attachée à une chaise, je tremble de tout mon corps, mon cœur bat la chamade, comme s’il voulait s’échapper. Mes mains sont moites, mon visage transpire d’une sueur aigre, que mes lèvres pourlèchent. Je meurs de soif.

 

Depuis quand suis-je ici ? Quel jour sommes-nous ? Quelle heure est-il ?

 

Toute à mes questions, je n’entends pas les pas lourds et feutrés s’approcher. Au claquement de porte, je sursaute. Une lumière m’aveugle. Directe. Froide. Impudique. Une voix rauque m’aboie dessus. Je ne comprends pas cette langue. Des syllabes chuintantes et arrogantes.

 

Où suis-je ?

En France. À l’étranger ?

Qui m’en veut au point de m’avoir kidnappée ?

Qui suis-je ?

Qui est l’homme, habillé et masqué de noir, qui me fait face ?

Que va-t-il m’arriver ?

Serai-je violée, puis libérée ?

Lacérée au couteau et laissée pour morte ?

S’acharnera-t-il sur moi pour me tuer ? »

En mode suspens I #2

 

Le dormeur du Val, vous connaissez certainement. 

 

« C’est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons

D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

 

Je propose cette fois de reprendre les éléments du décor du poème de Rimbaud, de vous l’approprier et de le ré-inventer en mode… suspens.

 

À vous de jouer ! Quinze minutes montre en main.

 

 

« Levée aux aurores, je suis tout excitée à l’idée de me le faire, ce GR20. Sac au dos, je descends de ma voiture. Pas âme qui vive. J’entame la montée d’une pente raide et après deux heures de marche dans une nature rayonnante, j’atteins le lac de Capitello. L’eau bleue, translucide et glaciale, reflète la montagne illuminée du soleil levant. Un régal pour les yeux. Je me pose dans l’herbe, fraîche et humide, je frissonne à son contact, respire son odeur verte et gracile. Un havre de paix dans lequel je me roule avec délectation. Le silence m’entoure. Le bonheur d’être seule. Loin de toute civilisation.

Pressée par une envie féminine pressante, je recherche un buisson pour soulager ma vessie. Je m’accroupie, observe au loin le chemin, anxieuse d’être prise en flagrant délit. En me rhabillant à la va-vite, mon regard s’accroche au buisson à mes pieds.

Une montre scintille. Une Rolex argentée, dont les aiguilles marquent sept heures pile.

Une alliance brille à l’annuaire, replié, en partie caché par une touffe de bruyère. Doigt au bout duquel, je découvre une main, un avant-bras, un bras, une épaule, une tête…

 

À l’instar des Hindous, une tâche vermillon, en plein milieu du front, suinte de gros sanglots rouge-sang. »