• blandinebergeret21

J'aurais aimé te dire - extraits


#Mères


Lettre à mon fils Dijon 2010

Année 1991


Ces douze mois auprès de toi ont changé ma vie. Du tout au tout. Assez nombriliste et égocentrique, je ne m’étais jamais intéressée à d’autres que moi. Enfin, pas plus que cela. À ta naissance, il n’y avait plus que toi qui comptais. Tes douleurs étaient miennes. Tes colères m’appartenaient. Tes réveils nocturnes me tenaient éveillée. Tes cris et pleurs me vrillaient le bide. J’étais toi. Tu étais moi. Nous ne faisions qu’un. Je vivais à ton rythme. Réveil matinal. Sieste l’après-midi. Dîner frugal. Et au lit.

Sophie



Le journal de Madeleine

1992


Dans la foulée de notre emménagement à la caserne Vauban, j’ai accouché de jumeaux. Contrairement à ce que je croyais, l’amour maternel n’a pas été instantané. Épuisée par la délivrance, je n’ai pas ressenti d’élan envers les bébés. Leurs têtes vaguement déformées, asymétrique pour l’un, en pain de sucre pour l’autre, leurs figures constellées de petits points blancs et de taches rougeâtres, je m’étais demandé si un jour je les apprivoiserais. Le lien s’est tissé progressivement, mais une part en moi regrettait déjà mon indépendance.


Lettre à mon fils Dijon, 2010

Année 1994


Endormi, recroquevillé sous les couvertures, j’avais profité du spectacle que tu m’offrais. Ta frimousse aux traits détendus. Ta respiration légère et régulière. Tes doigts potelés agrippant ton doudou préféré. Les gouttes de sueur qui perlaient sur le bout de ton nez. Ta peau aux effluves de lait. Dans un sommeil apaisé. J’étais restée toute la nuit à proximité. D’abord, assise à ton chevet. Puis, collée à toi, en position fœtale.

Sophie


Blandine Bergeret - extrait de "J'aurais aimé te dire" - mars 2022




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